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Equity Transaction Manager
Responsable
Finance de marché
Droit des marchés financiers
Droit financier
Droit immobilier
Droit de la consommation
Description

J'interviens sur divers sujets en droit et en finance. 

J'ai fondé IdeoLegis afin de travailler sur les acronymes techniques dans ces deux disciplines qui renvoient pourtant à des notions passionnantes.

J'aime aussi l'informatique et je continue de progresser dans ces domaines.

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Soumis par Nicolas HOFFMANN le mer 08/07/2020 - 11:20
Finance
Finance de marché

Le risque financier systémique est le risque inhérent à l’impossibilité pour le système financier d’absorber la défaillance d’un ou plusieurs acteurs financiers majeurs. Il se traduit par une rupture dans le fonctionnement du système financier, susceptible d’avoir de graves conséquences pour l’économie réelle1.

Contrairement au risque de crédit ou de contrepartie, la réalisation d’un tel risque est immédiatement synonyme de crise financière. Par conséquent, sa mitigation est un enjeu primordial pour le régulateur. 
 

Émergence du risque systémique

L’interconnexion des entitées du système financier s’explique par les différentes expositions que ses acteurs possèdent les uns par rapports aux autres. 

Si un établissement bancaire ou financier fait défaut, ses contreparties se retrouvent spontanément avec des pertes sèches dans leurs livres, qu’il faudra compenser ou financer. 

Une de ces contreparties peut essuyer une perte dont l’importance est telle qu’elle ne puisse pas se refinancer et ainsi honorer ses propres paiements. Elle peut alors également faire défaut, ce qui pose à nouveau la question des expositions réciproques détenues entre elle et ses contreparties. On parle d’effet « domino ». 

Le risque systémique inclus également les défaillances techniques liées aux infrastructures de marché (market infrastructure) dans la mesure où elles sont susceptibles de fortement déstabiliser voire de paralyser le fonctionnement normal du système financier. 


 

La distinction entre le risque systémique et les autres risques financiers. 

Le risque systémique apparaît comme le corollaire du risque de crédit ou de contrepartie. Une des composantes de ce risque est la somme des risques de crédit individuels des entreprises défaillantes, dans la mesure où ce risque est rapidement transmis à leurs contreparties via leurs positions réciproques 2.

Or, le risque systémique va au-delà de ces considérations puisque la solidité des contreparties de l’entreprise défaillante peut réduire fortement l’impact de cette défaillance. A l’inverse, le recours à des effets de levier importants peut magnifier davantage les pertes. 


 

L’exemple de la crise de 2008

Pour illustrer le cheminement menant à une crise systémique, il est possible de prendre pour exemple la crise des subprimes aux États-Unis, qui a ébranlé le système financier mondial. 

La chaîne de risques constatés à l’occasion de cette crise peut être résumée, sans prétendre à l’exhaustivité, comme il suit: Risque Opérationnel > Risque de crédit > Risque de modèle > Risque de liquidité > Risque de Solvabilité > Risque systémique. 

Dans ce contexte, le risque opérationnel est constitué par les pratiques d’octroi de prêts à des personnes à la solvabilité douteuse. Ensuite, le risque de crédit est transféré aux marchés financiers par la titrisation des créances de prêts hypothécaires et l’achat de ces titres « subprimes » par les investisseurs. 

Si le premier risque se réalise, c’est-à-dire si des évènements de défaut se produisent sur la partie « prêts », il y a contagion vers la partie « risque de crédit »  - comme cela s’est produit en 2007- car c’est le marché qui a absorbé le risque d’impayés à travers son achat de créances titrisées. 

Jusque-là, le système n’est pas nécessairement en difficulté si le risque de crédit a bien été identifié au sein des instruments financiers en question. Dans cette hypothèse, les marchés financiers auraient pu absorber plus facilement ces défauts « individuels ». Or, un risque de modèle vient s’ajouter à l’équation dans le cadre de la crise des subprimes: Les modèles d’estimation du risque de crédit étaient impropres à appréhender correctement certains véhicules spéciaux d’investissement (SPV) esotériques comme ont pu l’être les collateralized debt obligations (CDO) ou leurs variantes

De ce risque de modèle a émergé un risque de liquidité: La perte de confiance dans la valeur des titres issus des mortgages américains a entraver la liquidité du marché interbancaire. Les banques, ne connaissant pas mutuellement leurs expositions réciproques à ces produits douteux, ne se prêtent plus entre elles. Or, certaines ont justement besoin de se refinancer au plus vite. Sans financement, elles peuvent faire faillite. Si elles sont trop importantes, leur faillite peut entraîner celle de leurs contreparties. 

C’est cet enchaînement de défaillances qui est ainsi susceptible de constituer le risque « systémique ». 

 

Mesurer et mitiger le risque systémique 

Le risque systémique s’apprécie principalement au travers de l’identification des vulnérabilités financières. Plusieurs indicateurs doivent alors être pris en considération: l’effet de levier, le risque de liquidité, l'asymétrie des échéances et la complexité des montages financiers ainsi que des business models déployés par les institutions les plus importantes.  

Eu égard à la multiplicité de ces indicateurs, la mitigation du risque systémique comprend une dose non négligeable de subjectivité. Les solutions sont alors susceptibles de diverger selon l’interlocuteur interrogé. 

Une approche prophylactique implique de sécuriser en amont l’activité financière. Cela passe par la solidité institutions bancaires: l’application de ratios de solvabilité et de normes de gestion du risque apparaît comme le premier instrument pour prévenir la défaillance d’une institution à risque systémique global ou régional.  

Dans ce cadre, l’approche prophylactique peut se fonder sur le critère du systemic risk measure (SRISK) visant à apprécier le besoin en recapitalisation d’une institution financière induit par une zone de fortes turbulences boursières. 

Une approche curative implique que les gouvernements décident d’empêcher la survenance d’une faillite ou d’en minimiser les effets. Le bail-in (pertes subies en partie par les actionnaires) et le bail-out (rachat des créances douteuses contre émission de monnaie par exemple) sont des exemples de solutions en matière de résolution des défaillances. 

Un « entre-deux » est possible via la constitution d’un fonds de garantie qui intervient pour indemniser les teneurs de compte en cas de faillite d’une institution bancaire. En Europe, le Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution (FGDR) vise à indemniser, sous réserve de plafond et exclusions, le montant des dépôts des épargnants en cas de faillite d’une institution bancaire. 

Tous ces mécanismes contribuent certes à la stabilité du système, mais le régulateur doit aussi prendre en compte le risque constitué par l’application de trop nombreuses normes, susceptibles d’avoir un effet procyclique en période de crise (amplification de la crise) et contracyclique en période de reprise (obstacles à la reprise). C’est notamment le cas lorsque l’investissement est entravé par des exigences en capital « dur » dissuasives. 

C’est donc un délicat équilibre entre efficacité des normes prudentielles et promotion de l’investissement qui doit être organisé par le régulateur, dans un contexte d’interconnexion croissant entre les acteurs de la finance de marché. 

  • 1. FMI, BRI, CSF, « Guidance to Assess the Systemic importance of financial institutions », Report to the G-20 Finance Ministers and Central Bank Governors, Markets and Instruments, 20 Octobre 2009.
  • 2. Allen, F., & Gale, D. (2000). Financial contagion. Journal of Political Economy, (1)108, 1–33.